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Francis Bacon — Study after Velázquez’s Portrait of Pope Innocent X -…
Francis Bacon — Study after Velázquez’s Portrait of Pope Innocent X
Description du corps
Pape assis de face sur un trône, mais :
Buste droit, épaules prises dans la chasuble violette, mains agrippant les accoudoirs.
Tête légèrement rejetée en arrière, bouche grande ouverte en un cri silencieux.
Visage déformé : traits brouillés, yeux peu lisibles, expression concentrée dans la cavité béante de la bouche.
Le corps est enveloppé dans les vêtements liturgiques (soutane blanche, manteau violet, étole), de sorte que l’on distingue surtout :
Les mains crispées.
Le visage déformé.
La masse du torse comme un bloc de tissu.
Le corps ne se donne pas comme anatomie détaillée, mais comme présence piégée dans la structure du trône et des habits.
Corps enfermé / corps‑siège
Le pape ne peut pas se lever :
Les accoudoirs, les montants du trône, les lignes « cage » autour de lui enferment son corps dans un volume étroit.
Le corps semble fusionner avec son siège :
La chasuble violette et le dossier du trône se confondent, comme si le pape était vissé dans sa fonction.
On a l’impression d’un corps immobilisé, alors même que le cri suggère une intensité extrême.
Corps déformé, traversé par la violence
Bacon ne modèle pas le visage en clair‑obscur classique :
La bouche est un trou noir, entouré de touches striées.
Les traits sont brouillés par des coups de pinceau verticaux, comme des coulures ou des effacements.
Les mains sont crispées, presque griffues, plus proches d’amas de chair que de mains « nobles ».
Le corps est ainsi décomposé par la peinture :
Stries verticales qui traversent la figure.
Zones à demi effacées.
Chair moins décrite qu’atteinte, comme si le corps encaissait une violence invisible.
Corps exposé / corps isolé
La frontalité du dispositif (pape face au spectateur) renvoie à la tradition du portrait de pouvoir, mais ici :
Le corps ne s’adresse pas à l’autre, il hurle vers un espace vide.
Le regard n’accroche pas celui du spectateur : ce sont la bouche et la crispation qui dominent.
Le spectateur voit un corps exposé (assis sur son trône, éclairé) mais totalement isolé dans un cube sombre, sans entourage, sans fidèles.
Idée clé :
Corps hyper visible mais radicalement seul, comme dans une vitrine de torture psychique.
Corps, chair et spiritualité retournée
Le pape incarne normalement une figure spirituelle, détachée du corps ; Bacon fait l’inverse :
Le tableau insiste sur la chair souffrante, la gorge, les mains, la compression dans l’espace.
Le corps devient le lieu de la crise :
Crise de la foi, de l’autorité, de l’identité.
Crise condensée dans ce cri silencieux et dans la tension musculaire.