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Orlan — Le Baiser de l’artiste - Coggle Diagram
Orlan — Le Baiser de l’artiste
Description du dispositif corporel
ORLAN se tient derrière une grande image de son buste nu (photographie découpée ou panneau) où la poitrine est bien visible.
Dans cette image est intégrée une fente type « machine à sous » placée au niveau du sexe symbolique (entre les seins, reliée visuellement au bas du corps).
Pour 5 francs introduits dans la fente, le visiteur obtient un baiser « de l’artiste » (un french kiss), l’artiste avançant alors sa tête pour embrasser.
Dans certaines versions, une autre option est de déposer 5 francs devant une image de « Sainte Orlan » avec cierges, rejouant la figure de la femme sacrée.
Le corps réel d’ORLAN est donc physiquement présent (bouche, visage, posture) mais médiatisé par l’image de son buste nu.
Corps marchandisé et corps‑objet
La performance met en scène le corps féminin comme bien de consommation : le baiser est tarifé, la machine et l’argent matérialisent la transaction.
Le corps de l’artiste devient explicitement un « service » : on paie pour un contact intime avec sa bouche.
ORLAN pousse à l’extrême la logique déjà à l’œuvre dans la société (fétichisation du corps des femmes) en la rendant littérale, frontale.
Corps, image et stéréotypes féminins
Le dispositif superpose plusieurs figures :
La sainte (Sainte Orlan, image sacrée avec cierges).
La putain (corps offert contre argent).
L’artiste (corps auteur, signataire de la performance).
Le même corps est donc pris entre trois registres de représentation féminine : mère/sainte/pute.
Le buste photographié fonctionne comme icône (à la manière d’un retable ou d’un poster érotique), tandis que le corps vivant derrière l’image déjoue ces rôles en les jouant à l’excès.
Le corps est à la fois sujet et objet : ORLAN choisit de s’exposer ainsi, tout en montrant la violence des clichés qui assignent le corps féminin à ces fonctions.
Corps et pouvoir du regard
Le spectateur est mis dans une position compromise :
Pour obtenir un baiser, il doit accepter de jouer le jeu de la consommation, de mettre la pièce et de s’approcher de ce corps‑machine.
Le regard n’est pas neutre :
Il est activé (on paie pour regarder et toucher).
Il est montré comme voyeur, client, dévot.
Le corps d’ORLAN ne se contente pas d’être passif : en haranguant le public, en fixant le prix, elle retourne partiellement le rapport de pouvoir, tout en montrant qu’il reste pris dans une économie masculine du désir.