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Yves Klein — Anthropométrie de l’époque bleue - Coggle Diagram
Yves Klein — Anthropométrie de l’époque bleue
Description du corps
Empreintes bleues de torses féminins (tronc, seins, ventre, cuisses) sur fond blanc, sans tête ni pieds : le corps est fragmenté au niveau du buste et des cuisses.
Les silhouettes apparaissent en positif (corps appliqué sur la toile) et parfois en négatif (projection autour du corps, laissant un « vide » blanc).
Les empreintes se répètent, se superposent, se croisent : certaines verticales, d’autres obliques, parfois partiellement effacées.
Le spectateur ne voit jamais le corps vivant, mais seulement ses contacts successifs avec la toile.
Corps comme pinceau vivant
Klein parle de « pinceaux vivants » : ce sont les modèles qui appliquent leur corps enduit de pigment sur la toile, sous sa direction.
Le geste pictural n’est plus celui de la main de l’artiste, mais celui du corps entier (se coller, glisser, presser, tourner).
Le corps féminin est donc outil de peinture autant que sujet : il produit la forme au lieu d’être simplement dessiné.
Formule à retenir :
Le corps ne figure pas, il imprime.
Corps fragmenté et mesuré
Les anthropométries retiennent surtout le tronc et les cuisses : mesure « minimale » du corps humain, ramené à quelques segments essentiels.
Pas de visages, pas de mains, pas de détails individuels : les empreintes sont anonymes, presque typologiques.
Pierre Restany souligne que « anthropométrie » signifie littéralement « mesure de l’homme » : chaque trace est une unité de mesure corporelle, répétée et variée.
Le corps devient une unité modulaire dans une composition, plutôt qu’un individu singulier.
Corps, nu et tradition
Klein revendique un retour à la figure, mais sans dessin ni modelé illusionniste : le nu apparaît par contact direct.
On retrouve la tradition du nu académique (corps féminin idéal, posé), mais déplacée :
Pas de clair‑obscur, pas de volume classique.
Juste le contour et la densité des empreintes, comme des silhouettes de fossiles.
C’est un nu réduit à son empreinte, sans profondeur psychologique ni narration.
Corps absent / présent
Au moment de la performance, le corps est présent dans l’espace : modèles nues, public en tenue de soirée, musique (Symphonie Monotone‑Silence).
Sur la toile, le corps devient absence : il n’y a plus que des traces, des empreintes, des « fantômes » bleus.
Le tableau est, pour Klein, « la plaque sensible qui a vu ce qui s’est passé » : un témoignage de la présence passée du corps.
Le corps est donc pris entre présence performative et absence picturale ; ce qui reste, c’est sa mémoire sur la surface.