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Janine Antoni — Lick and Lather - Coggle Diagram
Janine Antoni — Lick and Lather
Description du corps
Chaque buste représente la tête et le haut du torse de Janine Antoni, taille environ 60 x 40 x 33 cm.
Point de départ : un moulage très précis du corps (alginate) qui capte pores, cheveux, reliefs de la peau, donnant un autoportrait hyperréaliste.
Deux séries
:
7 bustes en chocolat, bruns, au modelé patiné.
7 bustes en savon, blancs/ivoire, lisses comme du marbre ou de la cire.
Après moulage, Antoni modifie chaque buste :
En léchant littéralement la surface du chocolat (bouche, nez, yeux, cheveux).
En se lavant avec les bustes en savon, les usant comme des savons de toilette.
Le corps représenté (le buste) est ainsi re‑modelé par le corps réel (sa bouche, ses mains, sa peau).
Corps représenté / corps agissant
Le buste est la trace de son corps représenté : autoportrait sculptural classique, lié à la tradition du buste antique.
Mais la forme finale résulte du corps agissant :
La langue creuse le chocolat.
La peau, les mains, l’eau effacent les traits du savon.
Le corps devient un outil de sculpture :
Antoni renverse la logique traditionnelle où la main de l’artiste modèle une matière noble ; ici, les gestes quotidiens du corps (manger, se laver) sont la technique de sculpture elle‑même.
Corps effacé, identité en transformation
Tous les bustes partent d’une même image fidèle ; pourtant, plus Antoni les lèche / les lave, plus les traits disparaissent.
La bouche, le nez, les yeux, la coiffure se déforment ou s’effacent, donnant parfois des têtes quasi fantomatiques.
Le corps représenté est donc auto‑effacé par l’artiste : elle altère sa propre image jusqu’à la rendre instable.
Corps, désir, propreté
Les deux matériaux renvoient à deux dimensions du corps :
Chocolat :
Matière comestible, plaisir, désir, gourmandise
.
Léchage = geste de consommation du corps de l’artiste elle‑même, auto‑dévorante symboliquement.
Savon :
Matière du soin, de l’hygiène, de la propreté.
Se laver avec son autoportrait = utiliser l’image de soi pour entretenir son propre corps, jusqu’à le dissoudre.
Le corps est pris entre désir (chocolat) et normes de beauté/pureté (savon), deux régimes qui s’exercent concrètement sur sa surface.
Corps, canon classique et critique
Le choix du buste et de la série de « sept têtes » renvoie au canon antique : un corps « parfait » mesure environ sept têtes de haut.
En léchant / lavant ces têtes, Antoni attaque le canon :
Elle abîme la forme « idéale ».
Elle introduit dans la sculpture classique des gestes intimes, non nobles.
Ainsi, le corps féminin n’est plus un idéal distant mais un corps vécu, qui mange, se lave, s’use, et dont l’image ne cesse de se modifier.