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Discours de la servitude volontaire de La Boétie (vers 1548) : un discours…
Discours de la servitude volontaire
de La Boétie (vers 1548) : un discours engagé et humaniste
Un texte humaniste
Le
Discours
est un
miroir des princes
(genre littéraire pratiqué depuis l'antiquité) qui donne des conseils et des préceptes moraux destinés à montrer au souverain la voie à suivre pour régner selon la volonté de Dieu et la vertu.
Recours à l'exemplum
(un exemple historique qui devient un modèle pour la postérité) : les
Grecs
ont refusé de se soumettre au
roi des Perses, Xerxès
; si les Grecs ont vaillamment défendu leur liberté, c’est parce qu’elle est précieuse ! (p. 31)
Recours à des faits contemporains du XVIè
: la ville de
Venise
considérée comme un modèle de liberté politique à l'époque;
l'Empire ottoman de Turquie
, symbole de la tyrannie au même moment.
Une audacieuse réflexion de philosophie politique
:
La monarchie française au XVIè est de droit divin ; La Boétie évoque l'utilisation détournée de la religion par et pour le pouvoir royal
: "
les tyrans [...] se couvraient volontiers du manteau de la religion et, si cela était possible, ils empruntaient quelque échantillon de la divinité pour maintenir leur méchante vie
" (p. 47-48)
La Boétie distingue trois sortes de pouvoir
: "
les uns possèdent le royaume par l'élection du peuple, les autres par la force des armes, et les derniers par règne héréditaire
" (p. 27)
Avoir un ou plusieurs maîtres n'est pas un bon régime politique
: "
C'est un extrême malheur que d'être assujetti à un maître dont on ne peut jamais être assuré qu'il reste bon. Et avoir plusieurs maîtres c'est, autant qu'on en a, être autant de fois extrêmement malheureux
" (p. 12)
Malgré le refus de La Boétie de définir quel serait le meilleur régime politique
: "
je ne veux pas, pour l'heure, débattre de cette question tant de fois agitée de savoir "si les autres formes de gouvernement des affaires publiques sont meilleures que la monarchie
" (p. 12)
Un texte nourri de culture classique
le recours à des personnages historiques antiques
: l'insoumission courageuse d'
Hippocrate
, père de la médecine, qui a refusé de soigner les soldats perses, ennemis des Grecs, qui étaient ravagés par le peste, malgré les récompenses offertes par le roi de Perse (p. 38).
le recours à des personnages mythologiques
: "
Ulysse
parlant en public selon Homère "D'avoir plusieurs seigneurs, aucun bien je n'y vois,/ Qu'un, du moins, soit le maître, et qu'un seul soit le roi" (p. 11)
l'emploi récurrent de la fable
: par exemple, la fable "
Le Lion vieilli et le Renard
" du fabuliste grec
Esope
, dans laquelle le Renard ne voit aucune traces de bêtes sortir de la tanière du Lion et comprend que le roi des animaux dévorent tous ses sujets (p. 61).
le recours à l'anecdote
: le sparte
Lycurgue
élève différemment ses deux chiens, l'un nourri en cuisine, l'autre nourri par la chasse (anecdote visant à démontrer le pouvoir de l'habitude sur la nature) (p. 31).
les références aux empereurs romains
:
Cyrus
qui a conquis la Lydie en offrant à la population des divertissements (p. 41) ;
Néron
"
ce vilain monstre
" tyrannique et sanguinaire (p. 44) ;
Domitien, Commode, Caracalla
tous tués par leurs favoris ou leurs proches.
Une réflexion mature sur la nature humaine
L'homme se soumet par habitude
: "
les hommes qui naissent sous le joug [...] se contentent de vivre comme ils sont nés
" (p. 29)
L'homme peut être vertueux s'il reçoit une bonne éducation
: "
il y a en notre âme quelque naturelle semence de raison, qui, entretenue par les bons conseils et l'habitude, fleurit et devient la vertu
" (p. 23)
Le peuple se soumet-il docilement au tyran par lâcheté ou par mépris ?
"
si cent, si mille endurent tout d'un seul [...] ne dira-t-on pas [...] que c'est, non de la lâcheté, mais plutôt du mépris ou du dédain ?
" (p. 16)
L’originalité de La Boétie est d’aborder la question politique sous un angle psychologique : qu’est-ce qui nous fait adhérer à l’ordre établi ? L’emploi de la force ne suffit pas à l’expliquer
: "
cherchons donc [...] comment cette opiniâtre volonté de vivre en servitude s'est ainsi enracinée
" (p. 23)