Que ce soit dans une énumération, dans la parataxe, ou dans une phrase complexe qui multiplierait les subordonnées, les remarques comme les portraits se concluent souvent sur une "chute", percutante, propre à frapper l'esprit du lecteur : « Vous êtes homme de bien, vous ne songez ni à plaire ni à déplaire aux favoris, uniquement attaché à votre maître et à votre devoir : vous êtes perdu. » (De la cour »,40) De même, voici le néant où sont renvoyés les courtisans « inaccessibles» : « on n'en approche pas, jusqu'à ce que, venant à s'éteindre, ils tombent, et par leur chute deviennent traitables, mais inutiles. » (« Des grands », 32,) La chute est encore plus brutale et saisissante quand elle intervient après une énumération: « les grands sont entourés, salués, respectés; les petits entourent, saluent, se prosternent; et tous sont contents. » (« Des grands », 5)
Gustave Lanson, dans son Histoire de la littérature française, en 1895, a insisté sur la richesse du style de La Bruyère, en mettant en évidence une des clés, sa volonté de susciter la surprise pour faire réagir son lecteur, l'« instruire », mais aussi de lui « plaire » par la variété de ses remarques :
« Il s'applique aussi à varier les tours, il multiplie les figures; il use surtout de l'antithèse, tantôt ramassée en deux traits rapides, tantôt développée en vastes membres symétriques, tantôt curieusement inégale, par l'extension du premier membre et le resserrement du second, qui surprend d'autant plus. Avec l'antithèse, il prodigue l'ironie où il est maître : il se plaît à dérouter le lecteur par l'exposition flegmatique de la pensée contraire à celle qu'il veut enfoncer, jusqu'à ce qu'un mot, un tout petit mot parfois, tout à la fin du morceau, donne la clef du reste, et nous découvre qu'il faut renverser tous les termes. »