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Séance 9: Dire Diriger (4) Ethos et stratégies rhétoriques : analyse d’un…
Séance 9: Dire Diriger (4)
Ethos et stratégies rhétoriques : analyse d’un extrait de débat
1.Ethos et image de soi
1/
Ethos
: 3ème pilier de la réthorique antique ( à coté du
Logos
(convaincre) et du
Pathos
(persuader) )
totalise les
qualités extérieures
de l'orateur --> se rendre crédible et emporter l'approbation de son auditoire
manière de se présenter et d'être présenté par les autres
l'ethos concerne le
paraître
( contrairement au 2 autres )
l'
Ethos
peut etre en décalage avec la position morale de l'orateur ( ce qui n'est pas possible avec le
Pathos
et le
Logos
)
2/
Pour Aristote: la
crédibilité
ou la
fréquentabilité
( les deux partie de l'
Ethos
)
consistent à transmettre la vertu et la bienveillance au public afin de gagner sa confiance
3/
nb critères dans la construction de l'ethos:
des
attributs physiques
:
coiffure, posture, voix, gestuelle...
des
performances émotionnelles
des
qualités personnelle
s:
genre, âge, natio
des
qualités professionnelles
:
métier, titre, xp
des
postures éthiques
: pensée politique, religion, idéologie...
4/
en
réthorique, l'Ethos
est une partie intégrante du message
Ethos fait passer des idées avant la prise de parole
Quelle image l'orateur/oratrice essaye-t-il/elle de donner ? En phase avec ses idées ou en décalage avec ses idées ?
Est-ce que l'ethos de l'orateur/oratrice m'amène à me sentir plus proche de lui, d'elle, de ses idées ? Ou le contraire ?
5/
Ethos
: pas une question de morale: pas de bonne ou mauvaise manière lors d'1 débat
On ne peut jamais emporter l'adhésion de tout le monde...
il faut chercher à plaire à celles et ceux qu'on cherche à gagner
effet de l
'Ethos
dépend du contexte du
débat
ou de la
prise de parole
L'économiste et l'étudiant
Cadre du débat et ethos des intervenants
1/
Extrait de
C Politique
, programme de débat d’actualité, diffusé par
France Télévision
en 2016, animée par
Caroline Roux
, journaliste politique.
Débat sur les conditions de vie et d’études des étudiants français (qui déborde sur la vision du travail dans la société française).
Opposition de deux intervenants :
Jacques Attali
: argumentaire libéral, mise en concurrence des individus (des étudiants par l’évaluation ; des salariés par la performance), excellence (sélection des meilleurs).
Liens directs avec le pouvoir politique, membre de plusieurs commissions (réforme de l’enseignement supérieur en 1997, libération de la croissance en 2008), a rédigé un programme présidentiel en 2016.
« Aurélien »
: argumentaire égalitariste/collectiviste, accès aux universités sans condition, réduction voire abolition de la mise en concurrence (salaire universel).
Étudiant, concerné par les réformes passées et à venir, acteur mineur des manifestations anti-libérales « Nuits debout » et contre la « Loi travail ».
2/
Le débat est en apparence très déséquilibré :
Jacques Attali : économiste universitaire, entrepreneur et auteurs de (très) nombreux livres, habitué des plateaux de télévision et des centres de décision politiques.
« Aurélien » : un « étudiant » inconnu du public, aucune influence publique notable.
Le débat est construit autour d’une
narration
qui est favorable à JA : l’économiste expérimenté qui va apaiser l’étudiant révolté.
Leurs
ethos
respectifs ne leur confèrent pas le même poids dans le débat et conditionnent leurs prises de parole
(logos et pathos).
* Narration
du débat --> L’étudiant (et peut-être le téléspectateur) est révolté parce qu’il n’a pas bien compris la situation et ses enjeux : le spécialiste est là pour lui expliquer les choses.
Le
choix éditorial
insiste sur cette configuration du débat.
Le titre choisi pour « Aurélien » (sans nom de famille, « étudiant ») souligne sa posture d’infériorité.
Cependant, il est aussi possible qu’A ait choisi d’être présenté comme cela : indépendance intellectuelle, simple citoyen.
Stratégies rhétoriques
1/. La
stratégie rhétorique
est la même pour les deux intervenants : décrédibiliser l’autre en insistant sur les différences qui les opposent.
A est jeune, sans expérience politique professionnelle, concerné directement par le débat et engagé civilement.
Il doit faire passer JA pour déconnecté de la réalité (trop vieux, posture trop théorique).
ll a le droit de se montrer agressif : il est sur le plateau pour exprimer une colère (qui est peut-être partagée par un certain nombre de téléspectateurs).
JA est expérimenté, il bénéficie d’une réputation solide et fréquente les centres de décision politiques
Il doit faire passer A pour inexpérimenté politiquement et idéaliste (trop passionné pour pouvoir réfléchir et juger convenablement).
Il ne doit surtout pas se montrer agressif : il doit toujours apparaître comme le plus raisonnable des deux.
2/
JA a l’« avantage du terrain »
.
Il est familier de ce type de
dispositif
(
débat de plateau, caméras, journalistes, questions...).
Il apparaît tout de suite comme crédible et influent : le public le connaît bien et est très familier avec ses idées...
... notamment parce qu’il est (très) souvent invité pour les défendre !
.
.. mais il y a des inconvénients : il peut facilement passer pour arrogant, voire insensible.
Le public s’identifiera probablement plus à A, présent sur le plateau comme « étudiant », donc comme citoyen (non-affilié politiquement).
JA
discute tout de suite les termes du débat (qui l’avantagent) : « le débat est trop court... »
A
est conscient qu’il a l’avantage et qu’il doit donner des points à son adversaire pour ne pas paraître trop conquérant.
Analyse des stratégies rhétoriques
La démonstration d'autorité
2/
veut imposer une
position de domination
: il en sait plus que lui
il empêche toute argumentation adverse
il cherche à emmener l'adversaire sur un terrain qui lui est avantageux ( l'économie théorique )
Discours injonctif
JA utilise des
tournures impératives
qui servent a donner des injonctions ( ordres, avertissements, conseils )
en
réthorique
on dit que c'est un
argument pragmatique
: il exige une action de l'adverdsairee ( et/ou du public )
3/
Contre-intuition
Donne une impression de raison et d'impartialité... mais pour mieux avancer ses propres arguments.
« Je suis entièrement d'accord avec vous mais... » ; « le marché a des défauts : je les combats... »
Maîtrise de soi... en apparence !
JA semble très calme et mesuré... mais il se laisse aller à plusieurs reprises !
En vérité, il semble assez agacé par la résistance de son adversaire.
Il laisse échapper des arguments excessifs et des interpellations agressives, voire insultantes:
Comparaison de la planification avec la Corée du Nord.
Attaques ad personam :
« la vraie réponse ne doit pas consister simplement à se plaindre du système tel qu’il est dans le monde... », « sortir de ce que j'appelle la position du « résigné- réclamant »... »
Il fait un reproche à
A : « Vous devez vous demander vous-même deux choses... Que je n’ai toujours pas entendues de votre part ! »
Quand il s'en aperçoit, il fait tout de suite en sorte d'atténuer son agressivité :
Mais il l'adoucit en trouvant une excuse à
A : « ... mais sans doute parce que nous n'avons pas le temps... »
1/.
La
"Posture du professeur"
L’ethos de JA lui permet de faire figure d’autorité : ses arguments résonnent comme ceux d’un spécialiste.
Dire qu’il a tort est difficile, car c’est aller contre le bon sens.
JA a donc tendance à faire des démonstrations, comme un enseignant devant un élève :
Il utilise
un présent de vérité générale
pour énoncer des idées définitives : «
Le monde est fondé sur une double réalité...
»
Il emploie peu la
1ère personne
pour donner un caractère d'objectivité à ses arguments
Il utilise des technolectes propres aux sciences économiques et sociales : « rareté », « plan », « marché », « échanges »...
Il illustre son propos : « La rareté, vous la vivez tous les jours parce que vous n'avez pas assez d'argent pour obtenir tout ce que vous voulez... »
Il utilise des
effets d'annonce
pour souligner les points importants de son argumentaire: "
moi je vous répondrai ceci..
"
L'étudiant : figure intemporelle du révolté
1/
En France, les étudiants sont un
stéréotype médiatique.
Ils ont participé à la naissance de l’audiovisuel moderne ->
Mai 68
: un événement politique taillé par et pour les images.
Depuis, l’étudiant montré par les médias est toujours le même : intelligent et libre d’esprit, mais idéaliste, révolté et impertinent.
L
’ethos d’A
correspond parfaitement à ce
stéréotype: choix éditorial
.
L’argumentation d’
A
est peut-être moins claire... mais nettement plus
dynamique
!
Il interrompt son adversaire, il réagit à ses arguments et à ses invectives, il hausse parfois le ton...
2/
Il a tendance (peut-être par manque de temps) à se perdre dans des
objections ad rem.
Cela donne l'impression qu’il parle de plusieurs choses en même temps.
Cela laisse de la place à
JA
pour l'interrompre :
« Non, non, non, parce que vous voulez m'emmener dans une voie critique, je vois bien où vous voulez aller... »
En vérité, il a trop d'arguments et de propositions pour un
format médiatique
: il est probablement plus habitué aux prises de parole en
assemblée générale
ou en
manifestation
(discours plus longs, sans interruptions).
A
change de posture (défense -> attaque) avec beaucoup de souplesse.
Il se montre parfois agressif pour reprendre la main :
ll cherche à imposer ses propres
concepts
dans le débat : «
Travailleurs
».
Interruptions
(assez autoritaires): «
Attendez, attendez..
. »,«
Non, je ne veux pas que..., je veux que... », « Sauf que...»
Questions oratoires
:
« C'est ça que vous êtes en train de dire à tous les gens qui manifestent en ce moment ? »
Attaques
ad personam
: «
Excusez-moi mais c'est un petit peu caricatural !
», «
Au-delà des caricatures dans lesquelles vous êtes largement...
», «
Ça vous ferait du bien d'être dans une voie critique...
», «
C'est pas en faisant ce que vous proposez qu'on va arriver à
... »
Discours injonctif
: «
Allez-y, allez-y ! Posez votre question..
. »
Une
objection
ad hominem
:
«
Ils font de la musique comme vous le faites.
.. »
Cela fonctionne :
JA
est obligé de répondre qu'il est d'accord.
Partialité de l'arbitre ?
1/
Le
débat
n'est pas particulièrement violent, mais il arrive que les deux invités parlent en même temps
ou s'interrompent.
JA
articule mieux qu’
A
et sa voix est plus posée : on l'entend mieux !
2/
Comme le dit
P. Bourdieu
(cf. séance précédente), le rôle de la
journaliste
est très important.
CR
fait circuler la parole et aide les intervenants à exposer leur point de vue : elle reformule notamment un des arguments d’
A
qui n’est pas très clair.
3/
Mais si on met bout à bout toutes ses interventions, on constate qu’à une seule exception près CR avantage systématiquement
JA
.
Lorsque
JA
s’interrompt lui-même par manque de temps :
« On a le temps, alors allons-y : un, et deux ? »
Lorsque
JA
emploie une contre-intuition :
« Vous êtes d’accord ? Ah voilà ! Ça vous fait un point commun ! »
Lorsque
A
invective
JA
sur la mauvaise qualité d’un de ses arguments :
« Alors sur ces deux points ? Qu’est-ce que vous attendez de l’État ? »
Lorsque
A
pose l’argument
« Partageons-le, le travail... »
,
CR
interrompt sèchement :
« Comment ? »