Tout comme l’honneur napoléonien, la sainte trinité du culte de Napoléon contenait des contradictions internes. Pour reprendre une expression de Rafe Blaufarb, elle représentait une « synthèse improbable » dans laquelle Napoléon combinait des formes de légitimité apparemment incompatibles, telles que le droit divin, la souveraineté populaire et ses qualités personnelles. Certains historiens soutiennent que la nature hétérogène de sa souveraineté a affaibli le soutien populaire à sa monarchie. Il est vrai que l’Empire ne survécut pas aux défaites de 1814 et 1815, et que les notables, l’élite politique française, ne rallièrent pas son fils, le roi de Rome, lorsque Napoléon abdiqua. Toutefois, l’existence relativement brève de cette « quatrième dynastie » explique mieux ces événements que tout autre facteur. Napoléon avait besoin de temps pour enraciner solidement sa nouvelle monarchie et la rendre plus apte à résister aux revers, mais les conflits provoqués par ses ambitions insatiables le lui refusèrent.
À court terme, cependant, le culte de Napoléon instauré au sein de l’Armée des Côtes de l’Océan, de l’Armée de Hanovre et de la Grande Armée offrait aux soldats français de nombreuses raisons convaincantes de le soutenir et de faire la guerre en son nom. Cette révélation n’a rien d’original en soi : les historiens reconnaissent depuis longtemps que Napoléon cherchait à être tout pour tout le monde. Pourtant, les représentations qui circulaient dans l’armée française révèlent quelque chose de plus profond. La Révolution française avait transféré la sacralité du roi à la patrie, à la nation, à la République et au peuple français. Le régime napoléonien intégra les traditions de l’Absolutisme, les valeurs de la Révolution et les tendances politiques, intellectuelles et culturelles qui avaient transformé la politique européenne au XVIIIe siècle pour resacraliser la monarchie en la personne de l’empereur.
Le culte de Napoléon le plaça au cœur du pouvoir en France, un centre politique auparavant occupé par ses rois et par les entités politiques sacrées aux yeux des révolutionnaires. Il lui attribua toutes les caractéristiques qui conféraient la légitimité politique sous l’Ancien Régime et dans la France révolutionnaire, tout en y ajoutant les traits du héros romantique qui commençait à captiver l’imaginaire européen. p.268
Contrairement aux Bourbons, perçus comme efféminés, ayant renoncé à leurs rôles militaires et politiques traditionnels et affirmant leurs prérogatives aux dépens de la patrie et de l’opinion publique, l’empereur incarnait le monarque idéal. Il possédait toutes les qualités que les Français recherchaient chez un souverain : un dirigeant énergique et hypermasculin, un guerrier invincible qui défendait la patrie et son honneur, et qui avait été choisi par le peuple pour gouverner. Comme en témoignaient les mots gravés sur l’un des monuments de l’armée :
« C’est un grand guerrier, un grand homme d’État, il possède toutes les vertus des plus grands hommes et n’a aucun de leurs vices. »
Letter from the Journal de Paris in Moniteur, 8 fructidor, an 12.
Permet de réconcilier l'Ancien régime, la révolution en la forme d'un individu souverain, un guerrier, un soldat, capable de défendre à lui seul l'intérêt du peuple français.
Permettrait de faire un lien avec la force charismatique qu'émet Napoléon même au plus mal de la campagne de Russie. Cet exemple se prête bien au citation.