L'article 5 du Code civil constitue le fondement de la prohibition des arrêts de règlements, également connue sous le nom d'interdiction de légiférer. Il stipule que : « il est défendu aux juges de prononcer par voie de disposition générale et réglementaire sur les causes qui leur sont soumises ». Cette règle vise à empêcher les juges de créer des lois ou des règles générales applicables à l’ensemble de la société, ce qui leur serait contraire à leur rôle de juger des litiges spécifiques.
Historique : L'Ancien Régime et les arrêts de règlements
Sous l'Ancien Régime, avant la Révolution française, la jurisprudence occupait une place importante dans le système juridique. Les arrêts de règlements étaient rendus par les Parlements (les cours supérieures, notamment le Parlement de Paris), qui n'étaient pas seulement chargés de juger des affaires particulières, mais aussi de fixer des principes juridiques applicables de manière générale. Ces arrêts n'étaient pas destinés à trancher un litige particulier, mais à établir des règles de droit qui s’appliquaient à l’ensemble des cas similaires dans l'avenir.
Ces arrêts de règlements étaient particulièrement importants pour l'interprétation des coutumes, qui constituaient une source majeure de droit sous l'Ancien Régime. Les Parlements, en particulier celui de Paris, avaient le pouvoir d’interpréter et d’appliquer ces coutumes, et de créer ainsi des règles générales. Cela donnait aux juges un pouvoir quasi-législatif, ce qui était perçu comme un empiétement sur les prérogatives du roi, détenteur du pouvoir législatif.
La Révolution et la séparation des pouvoirs
Face à l'influence grandissante des Parlements, la Révolution française a voulu limiter le pouvoir judiciaire en matière législative. La séparation des pouvoirs, un principe fondamental de la Révolution, visait à éviter que le pouvoir judiciaire (les juges) n'empiète sur les attributions du pouvoir législatif (les législateurs). En conséquence, les révolutionnaires ont voulu empêcher les juges de se substituer au législateur et de prendre des décisions qui affecteraient l'ordre juridique de manière générale.
La consécration dans le Code civil
C’est dans ce contexte que l’article 5 du Code civil, promulgué en 1804, a formalisé cette séparation des pouvoirs en prohibant les arrêts de règlements. Le texte interdit aux juges de prendre des décisions à portée générale, c’est-à-dire de légiférer par le biais de leur jurisprudence. En d'autres termes, même si un juge peut être amené à interpréter la loi ou à trancher un litige, il n’a pas le droit de créer des règles générales, contraignant ainsi le législateur à exercer son pouvoir exclusif pour toute réforme législative.
Conclusion : Un principe fondamental de la séparation des pouvoirs
L'article 5 du Code civil incarne donc un principe fondamental du droit français, en réaffirmant la séparation des pouvoirs. Cette séparation garantit que les juges n’exerceront pas un rôle législatif, respectant ainsi les prérogatives du législateur. Cela permet de maintenir un équilibre dans le système juridique, où les juges appliquent la loi mais ne créent pas de nouvelles règles générales. Cette interdiction des arrêts de règlements demeure un pilier du droit français et constitue un garde-fou contre une dérive du pouvoir judiciaire.