La notion de couronne et la dévolution de la couronne au Moyen Âge évoluent au fil du temps pour aboutir à une véritable constitution coutumière de l'ancienne France qui repose sur des principes solides régissant la succession royale. Cette évolution se fait en trois étapes majeures, avec l’introduction des principes d’hérédité, de primogéniture, et, enfin, de masculinité, chacun jouant un rôle crucial dans la consolidation de la monarchie et de son autorité.
1. La dissociation de la couronne et du roi -> Au début du Moyen Âge, la couronne, initialement simple symbole du pouvoir royal, devient progressivement un élément qui incarne la fonction royale plutôt que l'individu qui la porte. Cette fonction royale est souvent désignée par le terme ministerium regis (« ministère royal ») et vise à séparer l'homme du monarque de la couronne elle-même. En d’autres termes, la couronne est perçue comme une institution pérenne qui doit perdurer indépendamment des vicissitudes de la personne du souverain. Ce principe trouve son expression dans les lois fondamentales, qui garantissent la continuité du royaume même en cas de difficultés rencontrées par le roi.
2. Le principe d’hérédité -> Le principe fondamental qui régit la dévolution de la couronne est l'hérédité, qui s'affirme à partir de la fin du Xe siècle. Auparavant, les rois étaient élus par les grands du royaume, mais avec l'accession d'Hugues Capet en 987, un changement majeur intervient : il établit que la couronne serait transmise par hérédité, empêchant ainsi toute nouvelle élection par les barons. Dès lors, le souverain accède au trône non plus par élection, mais en raison de son appartenance à une lignée royale. Pour formaliser cette hérédité, Hugues Capet utilise une méthode innovante, le sacre anticipé, en associant son fils aîné, Robert, au trône avant même qu'il ne soit couronné. Cela permet à Robert de devenir roi de manière immédiate en cas de décès prématuré de son père.
3. Le principe de primogéniture -> À partir du règne de Robert le Pieux au début du XIe siècle, la primogéniture se confirme comme règle essentielle de succession. Le droit d'aînesse, qui fait du fils aîné l'héritier légitime, s'étend au royaume de France et devient de plus en plus respecté, notamment après que Robert le Pieux ait fait sacrer son fils aîné, Hugues, en 1017. Cependant, Hugues meurt prématurément, et c'est son frère Henri qui hérite du trône. Cette succession illustre l'importance du droit d’aînesse, non seulement pour le trône, mais aussi pour les fiefs, une règle qui permet d’éviter le morcellement des terres. La primogéniture, donc, devient un principe fondamental de la monarchie, auquel même les rois successifs adhèrent sans contestation majeure.
4. Le principe de masculinité -> Au début du XIVe siècle, un nouveau principe de succession apparaît : celui de masculinité. Ce principe devient essentiel après la mort prématurée de Louis X en 1316, un roi qui laisse derrière lui une fille, Jeanne, âgée de quatre ans. L'absence d'un héritier mâle provoque une crise de succession, d'autant plus que la reine, Clémence de Hongrie, est enceinte, et l'issue de cette grossesse pourrait offrir un héritier masculin. Ce fils, prénommé Jean, meurt rapidement, et ce vide de pouvoir conduit le frère de Louis X, Philippe de Poitiers, à revendiquer la couronne. En justifiant sa prise de pouvoir, Philippe V soutient que les femmes ne peuvent pas hériter de la couronne, se basant sur l'argument que la monarchie française doit être exercée par un homme, une idée renforcée par la crainte qu'une femme puisse épouser un prince étranger et transférer ainsi la couronne à une puissance extérieure.