Jünger récuse la triviale explication de la défaite par le « coup de poignard dans le dos » et considère que si l'Allemagne a été vaincue, c'est qu'elle ne s'était pas véritablement donné les moyens de vaincre... Et Jünger d'appeler de ses vœux une nouvelle guerre, qui, cette fois, entraînera une mobilisation « totale » de la nation allemande, les énergies du « sang » étant sollicitées au moins autant que les possibilités de la technologie. Parmi les critiques de Jünger, nous dit Betz, Benjamin « aura été le plus lucide et le seul à relever dans cette œuvre la médiation réciproque des éléments esthétiques et techniques » (Betz, op. cit. : 34 ; Benjamin 1991 b). Pour Benjamin, « cette nouvelle théorie de la guerre, qui porte au front la marque de son origine la plus grossièrement décadente, n'est rien d'autre qu'une transposition débridée des thèses de l'art pour l'art au domaine de la guerre » (ibid.) ; Jünger, par-delà les évidentes ambiguïtés de sa pensée, est, « en vérité, le fidèle exécutant fasciste de la guerre des classes » (op. cit. : 35)4.