Pour être effective, toute norme juridique doit prendre en compte le plus possible la réalité sociale
qu’elle entend régir. Dans le cas des groupes armés, cela signifie prendre en compte la capacité du groupe
a respecter ou non cette norme. Or, les institutions internationales chargées de la création ou de
l’application du droit humanitaire n’ont pas jusqu’alors pris en compte cette contrainte. Le TPIY en 2003
affirme que la responsabilité du commandant s’applique non seulement dans les CAI, mais aussi dans les
CANI. Or, il est évident que les groupes armés exercent un contrôle bien moindre sur leurs membres que
les commandants des forces gouvernementales sur leurs troupes; surtout, ils n’ont pas la capacité légale de
sanctionner les membres ayant commis des violations. Le CICR, dans son étude sur le droit humanitaire
coutumier, affirme que 136 des règles citées s’appliquent également aux CAI et aux CANI. Mais a-t-il
réalisé que cela signifie que ces normes lient les groupes armés, et que certaines d’entre elles sont
impossible à respecter pour ces derniers? Un exemple : la prohibition des détentions arbitraires : les
groupes armés ne peuvent pas légiférer et mettre en place des procédures judiciaires de contrôle de la
légalité d’une détention (habeas corpus); cela veut-il dire que les groupes armés ne peuvent jamais détenir
quiconque, pas même des membres des forces gouvernementales?)
L’auteur propose d’abandonner l’égalité des belligérants et d’introduire des normes différenciées pour les
gouvernements et pour les groupes armés non étatiques. Ou au moins de traduire les normes du DIH
inspirées du DIDH (type interdiction des détentions arbitraires) dans des exigences réalistes pour les
groupes armés.